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Bonjour chers xoomers ! Le rituel est bien huilé. Tous les matins, à l’heure de la conférence de rédaction, un journaliste s’enquiert des taux d’intérêt à dix ans et du spread France-Allemagne. Personne ne joue sur les marchés, mais tout le monde a compris que ces deux indicateurs anticipent la crise de la dette qui vient. Un membre du service politique a ainsi interrompu la réunion de mercredi pour déclamer le tweet de Sébastien Lecornu : « Une alerte passe presque inaperçue dans le débat public : hier après-midi, la France a emprunté à près de 4,8 % à dix ans, contre 3,5 % il y a un an. » Stupeur et anxiété dans la salle...
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Vigilance. Pas la peine de préciser, comme l’a fait le Premier ministre, qu’il faut remonter à 2008 pour retrouver un tel niveau. A l’Opinion, tout le monde est en mode vigilance rouge. En juste neuf jours, le temps de la publication, il a fallu que j’actualise un entretien avec Christophe Boujnah, président du directoire d’Euronext : entre-temps, les taux d’emprunt étaient passés de 4,65 % à « près de 4,8 % ». Soit 300 millions d’euros de charges d’intérêt supplémentaires un an après, 2,5 milliards cinq ans après.
Efforts. Les candidats à l'élection présidentielle préparent-ils les électeurs à un électrochoc ? D'évidence, non ! Comme l'écrit Nicolas Beytout dans un édito, tous appliquent la vieille méthode de Jacques Chirac : « On gagne et on voit après ». Or c’est tout vu ! Notre spécialiste du budget, Marc Vignaud, nous/vous a prévenu : c’est 140 milliards d’euros d’efforts annuels qu’il faudra fournir d’ici cinq ans juste pour stabiliser la dette. Par efforts, entendez : hausse des impôts (trop) et réduction des dépenses (pas assez).
Audace. Que feriez-vous dans pareille situation ? Nos postulants mixent mesures limitées et promesses intenables, comme si la menace financière était une abstraction. Aucun ne prend la mesure du défi. Ou n’ose l’avouer, persuadés que promettre du sang et des larmes, c’est l’assurance de l'échec. Au chapitre crise, votre manuel de management précise tout l’inverse : « Les redressements échouent moins par excès d’audace que par demi-mesures étalées dans le temps ». C’est à cet instant que j’ai eu envie de relire la Bible : Leadership, par Henry Kissinger.
Médiocrité. Dès l’introduction, Kissinger écrit : « Le leadership est indispensable pour aider les gens à se rendre du point où ils sont à un point où ils n’ont jamais été et, parfois, où ils ont peine à imaginer qu’ils puissent aller ». C’est de Gaulle en 1958, à la télé (le rapprochement m’appartient), qui vend le plan de redressement Pinay-Rueff : « Sans cet effort et ces sacrifices, nous resterions un pays à la traîne, oscillant entre le drame et la médiocrité ».
Conditions. J’ai relu le chapitre que Kissinger consacre à Margaret Thatcher. J’y ai trouvé cette sentence d’un haut fonctionnaire du 10 Downing Street : « Ses réformes ne se signalent pas par leur originalité, mais par leur exécution. Le courage politique ne réside pas dans le fait de les mettre en pratique, mais dans la création des conditions permettant de les mettre en pratique. » Cette phrase souligne en creux le manque de préparation – l’immaturité ? l’inconscience ? – de nos dirigeants... Qui se/nous prépare à la tempête ?
Décision. Retenons la leçon thatchérienne. Le vrai courage intervient avant la décision, quand il faut préparer le terrain, sans gloire et sans résultat immédiat : dire la vérité avant d’avoir la solution, supporter le conflit en amont, changer la culture plutôt que l’organisation... Et attention : « créer les conditions » ne doit pas devenir un alibi à l’inaction (concertation sans fin, commissions ad hoc, etc.). Le test : les conditions créées doivent rendre la décision inéluctable, et non la repousser. Voilà de quoi, chers xoomers, faire de la crise une opportunité !
***Puisque l’on appelle désormais les membres de la Génération Z les zoomers, je propose de baptiser notre communauté les xoomers. Si vous trouvez cette édition utile ou inspirante, transmettez-la à quelqu’un que vous estimez***
Cette semaine, j’ai sélectionné pour vous l’habituel conseil d’Emmanuel Grimaud, président de Maximis et expert en gestion des fins de carrière. Mais aussi l’article de Carole Papazian sur le parfois difficile passage à la retraite et un article exclusif du Wall Street Journal (Pourquoi les entreprises pourraient finir par regretter d’avoir licencié leurs cadres intermédiaires).
A la semaine prochaine !



