Je savais très bien que je prenais quelque risque avançant une hypothèse sans absolument aucune source. Mais quel intérêt d’être historien si on n’est pas un peu aventurier ?
« Bien évidemment, l’humilité du chercheur ne doit avoir d’égale que son inquiétude. Ne rien avoir signifie simplement ne rien avoir trouvé. Une pièce dans des archives fiscales, par exemple, n’est pas à exclure. Et on sait combien de choses on peut faire dire à une pièce même isolée. Mais dans les archives politiques, dans les articles de l’important B.S.A.T. [Bulletin de la Société Archéologique de Touraine], dans les recherches généalogiques, dans les documents relatifs au culte et au Concordat à Loches, dans les démarches au préfet, dans les délibérations municipales, dans les textes des contemporains, de ce que nous connaissons des archives judiciaires, dans les documents notariaux, dans les archives privées que nous avons imaginées (mais, par définition, des fonds familiaux ne sont pas tous connus), dans la presse, de plus en plus limitée, rien de connu » (p. 299).
Donc une hypothèse risquée et rien pour l’étayer.
C’était ne pas compter sur Clio, muse et déesse de l’histoire (ce qui pour un athée est piquant).
Il y a plusieurs mois, je reçus un courriel de M Jean-Louis Bonodeau, descendant du conventionnel Nioche, lui même ami de Jacob Dupont, que j’avais évoqué plus d’une fois dans l’ouvrage biographique. M. Bonodeau, avec une immense délicatesse, me remit copie d’un certain nombre de documents familiaux dont vous pouvez prendre connaissance en cliquant sur les liens ci-dessous :
Et dans ces documents, une lettre officielle indiquant que c’est à la demande de la famille, précisément son frère, que Jacob Dupont a été interné. On se reportera à la copie qui est suffisamment lisible.
« Enfin je tenais la bête, après des mois et des mois !
Rien ne se perd, rien n’est définitivement perdu. Il y a toujours l’indice, le chèque annulé, la marque du bâton de rouge à lèvres, l’empreinte du pied dans la cannaie, le préservatif dans le sentier, les souliers de bébé teints en mordoré, la tare dans le torrent sanguin. Et tous ces temps n’en font qu’un seul, et tous ces morts du passé n’ont jamais vécu avant que nos définitions ne leur aient donné la vie et leurs yeux, hors de l’ombre, nous implorent.
C’est du moins, ce que nous croyons tous, nous autres historiens.
Et nous aimons la vérité »1.
JMS
PS Un mot sur le formidable mouvement de la jeunesse lycéenne et étudiante. J’ai été invité par les étudiantes et étudiants occupant l’Ecole Normale Supérieure et la Sorbonne Nouvelle, à traiter « Qu’est-ce que la Révolution française ? » les 19 et 21 octobre. J’ai considéré cette invitation comme un honneur et je leur ai dit.