Il suffit, ces dernières semaines, de se déplacer sur les blocages devant les lycées et les universités, dans les cortèges du mouvement, dans les assemblées générales, pour observer une joie inédite, un débordement de folie et de fête, que ni la répression aveugle, ni la temporisation du gouvernement –
en l’attente d’un «
essoufflement
» qui ne vient pas
– n’ont entaché.
Tout le monde est dépassé par cette vague. Même les organisations les soutenant.
La manifestation parisienne du 13 octobre en a été la plus limpide illustration. Deux cortèges avaient été déclarés à Paris, le premier par les organisations de jeunesse accompagnées de plusieurs syndicats d’enseignant·es et des partis politiques de gauche, le second voté lors d’une grande assemblée générale inter-facultés et inter-lycées.
La jeunesse lycéenne et étudiante a bien plus répondu à l’appel du second. Preuve que celle-ci ne se laisse instrumentaliser par personne,
qu’elle s’auto-organise, sait se coordonner et comprend parfaitement les enjeux de son mouvement, plaçant en tête de cortège la coordination des lycéen·nes, composée notamment des élèves des lycées les plus défavorisés à l’initiative de ce mouvement.
Ce cortège, qui a démarré place de l’Hôtel de Ville, s’étendant sur plusieurs kilomètres, était marqué par une joie contagieuse. Celle d’une jeunesse qui reprend en main son avenir. Qui crie, qui chante. Qui est particulièrement inspirée quand il s’agit de rédiger les centaines de pancartes brandies à bout de bras. Tellement que la police a, un temps, cherché à les trier.
Un orchestre symphonique reprenant L’Internationale, La Marseillaise ou des bandes originales de films de super-héros au départ de la manifestation. Dans le cortège, des fanfares, des enceintes crachant les derniers tubes, des danses, des costumes. Partout, cette même énergie débordante. À Paris, comme dans tout le pays.
En faisant la fête, en débordant les cadres habituels, cette jeunesse est devenue actrice de son futur. Elle impose dans le débat sa vision de l’avenir et crie ses aspirations. Elle ne proteste contre aucune réforme récente, aucune mesure voulue par le gouvernement. Mais elle se mobilise pour.
Pour des meilleures conditions d’études, pour une réelle égalité des chances, pour un pouvoir qui assume ses responsabilités face aux conséquences communes du néolibéralisme et du réchauffement climatique. Pour être respectée, dans toute sa pluralité et sa diversité. Et ça change tout.