Quand même une drôle de manière de débarquer sur les marchés. Ce lundi 26 octobre, Anthropic a déposé les documents de son IPO (initial public offering, introduction en bourse en français) auprès de la SEC (la Security and Exchange Commission, le gendarme américain des marchés financiers) en vue d’une cotation sur le Nasdaq sous le sigle ANT.
Plus de 300 pages de paperasse dans lesquelles l’entreprise d’intelligence artificielle déclare un chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars au premier semestre, une perte nette de 80 milliards de dollars sur la même période, de nouveaux investissements massifs dans les infrastructures, en attendant une future valorisation qui pourrait s’élever à 2 000 milliards de dollars… mais dans lesquelles se niche aussi un bien curieux avertissement pour les investisseurs : «Des inquiétudes ont été exprimées tant au sein de notre organisation que par d’autres chercheurs, des autorités de régulation, des décideurs politiques et des acteurs du secteur, selon lesquelles des systèmes d’IA suffisamment avancés pourraient, s’ils n’étaient pas développés, déployés et exploités avec des garanties, une surveillance et des mesures de sécurité appropriées, présenter des risques catastrophiques ou existentiels pour l’humanité, en particulier si ces systèmes étaient utilisés à mauvais escient, reproduits, transformés en armes ou autorisés à fonctionner avec un haut degré d’autonomie.» Ça donne super envie d'investir…
L’occurrence «risques existentiels» apparaît même à trois reprises, notamment pour préparer les investisseurs à la couverture médiatique du sujet, qui pourrait affecter la valeur de l’entreprise. «Cette couverture et ces commentaires ont inclus, et nous nous attendons à ce qu’ils continuent d’inclure, des récits récurrents concernant les impacts potentiels de l’IA, parmi lesquels le fait que l’IA pourrait remplacer ou éliminer des métiers, pourrait être détournée et causer du mal, et pourrait représenter des risques existentiels pour l’humanité.» Maintenant, cela va être de notre faute. Comme si Dario Amodei, son PDG, ne jouait pas lui-même les pompiers pyromanes.
Il y a quelques semaines, le pionnier du machine learning Michael I. Jordan nous expliquait ainsi ce double discours alarmiste : «Le cynisme réside dans le fait qu’elles veulent se protéger des critiques quand elles seront cotées en bourse, nous disait-il. Quand vous êtes coté, vous devez tenir une conférence téléphonique avec vos actionnaires tous les quatre mois et leur dire : “Notre objectif pour le dernier trimestre était tant. Nous ne l’avons pas atteint, mais faites-nous confiance, nous sauvons l’humanité.” C’est une excuse toute faite pour ne pas être responsable en faisant semblant de l’être.» En attendant ce qui est annoncé comme la plus grosse entrée en bourse de l’histoire, vous savez ce qui ne représente aucun risque existentiel pour l’humanité ? Lire cette newsletter qui vous parle d’IA sans préparer son IPO !