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La revue de presse quotidienne d'un citoyen engagé dans le combat politique et social

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - vendredi 9 octobre 2026

Vendredi 9 octobre 2026

Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
Comment « le Nouvel Obs » a traité l’affaire Thélyson Orélien

Par Didier Jacob

Il y a le monde d’avant et, depuis le 21 septembre dernier, le monde d’après. Le monde d’avant, c’était en juin, quand la rumeur courait, dans les rédactions, d’un livre-phénomène qui écrasait tous les autres, par son sujet, par son écriture aussi. « Le Nouvel Obs », en la personne d’Elisabeth Philippe, qui lit et aime le livre, décide de lui consacrer, très tôt, dès la mi-août, l’ouverture de ses pages « guide ». De son côté, Doan Bui propose d’écrire un portrait de l’auteur. Doan rencontre Orélien. Le récit de cette rencontre est publié le 20 septembre dernier, la veille du jour où l’on a basculé dans le monde d’après.

Rares sont, en littérature, les polémiques qui définissent aussi clairement une ligne de partage. Qui passionnent les lecteurs, chacun ayant un avis sur « C’était ça ou mourir ». Mais comment raconter cette histoire ? Comment rendre compte d’une tricherie potentielle, sans participer à la chasse aux sorcières ni verser dans le procès stalinien ? Comment, au-delà de la polémique, poser sérieusement les enjeux, aider à comprendre l’aspect technologique, évaluer les conséquences pour les années à venir ? Ce sont les questions qui se sont posées à toutes les rédactions ce 21 septembre, quand le compte X « Balance ton Claude » révèle que, selon Pangram, le roman d’Orélien a été écrit par l’intelligence artificielle.

Passé la stupeur, et les doutes concernant l’attaque de X qui passe au début pour un complot droitier à connotation raciste, nous réalisons plusieurs entretiens dont l’un, avec Benoît Raphaël, spécialiste des questions d’écriture et d’IA, permet d’éclairer l’aspect technique. Le papier connaît un grand succès sur notre site. Nous parvenons aussi à joindre Samuel Fitoussi, l’un des animateurs du compte X qui a mis en évidence la tricherie potentielle d’Orélien. Amandine Schmitt recueille les premières réactions de Philippe Claudel, le président du Goncourt, dès le début de la polémique. Claudel s’y montre encore prudent. Deux jours plus tard, les Goncourt retirent cependant le livre de leur liste, et nous donnons alors la parole à Pierre Assouline, dont le jugement très tranché définit au contraire une autre position, intransigeante, sur le cas Orélien.

Tandis que nous tentons d’y voir plus clair dans les nouvelles accusations de plagiat qui arrivent du Canada, nous décidons de réaliser une enquête, dans le magazine, sur les nouveaux usages de l’IA par les écrivains. Reste une question que nous n’avons pas encore vraiment traitée : qui est Orélien ? D’où vient-il ? De quel milieu à Haïti ? Doan Bui et Grégoire Leménager mettent en commun leurs souvenirs et leurs contacts, qu’ils ont noués lors de précédents voyages sur place, pour tenter d’en savoir plus long sur le personnage.

Mais l’affaire est-elle close pour autant ? Nous retrouvons (grâce à l’IA) la plateforme de blogs ouverte par Orélien en 2008, et nous décidons de passer au crible ses contributions pour y repérer éventuellement d’autres cas de plagiat. Nous en découvrons en effet, comme cet hommage à Carlos Fuentes de mai 2012. L’écrivain vient de mourir et Orélien reproduit, sans en faire état, de larges extraits de la présentation par Gallimard de son livre « Terra Nostra ». Un interlocuteur qui a souhaité garder l’anonymat nous alerte alors sur les ouvrages qui figurent dans sa bibliographie. Ont-ils vraiment été publiés, comme le suggère la page Wikipédia de l’écrivain ? Selon cette source, les « Editions des Marges » où Orélien aurait publié des textes plus anciens (« Eternels Amants » et « le Temps qui reste ») n’ont pas d’existence légale. Quant aux « Editions Rocheuses », où il aurait publié aussi deux livres, impossible de les identifier non plus. Aucun livre écrit avant « C’était ça ou mourir » ne permet de remonter à l’ISBN d’un éditeur enregistré au registre canadien des entreprises. Il est donc probable qu’Orélien ait enjolivé sa bibliographie. Et que, lorsqu’il a frappé à la porte des Editions du Boréal, le manuscrit de « C’était ça ou mourir » sous le bras, il ait prétendu qu’il était déjà un écrivain professionnel, alors qu’il n’était encore qu’un auteur auto-édité.

Et maintenant ? Comme le révèle Doan Bui dans son portrait, Thélyson Orélien est rentré au Canada. Ses lecteurs, et ses éditeurs dans le monde entier, attendent qu’il clarifie la situation, et apporte le cas échéant la preuve de sa bonne foi. Ce qui nous permettra, au « Nouvel Obs », de verser une nouvelle pièce à ce dossier.

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