Madame, Monsieur,
Nous vous écrivons depuis Erevan en Arménie où près de 200 pays sont rassemblés pour la COP17 (1).
Ils vont discuter texte après texte des mesures censées protéger les pollinisateurs et les espèces, mais aussi de la place qu’ils accepteront de laisser aux citoyens et aux populations directement affectées par l’effondrement du Vivant et la destruction des milieux naturels.
Derrière ces discussions, une autre bataille se joue : celle des biotechnologies.
Ces nouvelles techniques de manipulation du Vivant sont vendues comme des solutions miracles de conservation des espèces alors qu’elles sont encore en développement et n’ont pas fait la preuve de leur utilité pour la protection de la biodiversité (2) !
Soyons clair : la biodiversité ne s’effondre pas en raison d’un manque de solutions technologiques. Elle s'effondre sous la toxicité des polluants et la destruction des habitats (3).
Et pourtant, plutôt que de s'attaquer aux causes de cette catastrophe, les promoteurs des biotechnologies voudraient nous convaincre qu'il faut intervenir encore davantage pour tirer le maximum d’une nature à bout de souffle, avec toujours plus de techniques hi-tech. Alors même que leurs effets négatifs et potentiellement irréversibles, pour les abeilles, les pollinisateurs et l’ensemble des écosystèmes, sont absolument vertigineux !
Nous refusons que les promesses marketing de l'agro-génétique passent avant la protection du Vivant.
C'est pourquoi POLLINIS est à Erevan, au cœur des négociations, aux côtés de ses alliés internationaux. Et nous voulons vous raconter ce qu'il s'y passe. Ce que nous avons vu. Ce que nous avons fait. Et pourquoi votre mobilisation est aujourd'hui indispensable.
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Grâce à son statut d'observateur officiel, POLLINIS s'est rendue à la 17e Conférence des Parties sur la biodiversité qui se tient à Erevan, en Arménie, du 19 au 30 octobre 2026. © Sergo Arakelyan
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Les industriels et les lobbys sont partout à la COP (4). Nous les côtoyons dans les discussions officielles, dans les salles de réunion, dans les couloirs, en face des associations de la société civile. Ils organisent leurs propres événements pour promouvoir le démantèlement des normes de protection du Vivant, devant un parterre d’États qu’ils espèrent convaincre. À les voir évoluer, afficher une confiance déconcertante et dérouler des arguments d’une simplicité ahurissante face à la complexité du Vivant, notre conviction est renforcée : la présence des associations de défense de la biodiversité est un contrepoids indispensable.
Notre seule présence dans la salle suffit à rappeler que ces discussions ne sont pas une tribune publicitaire pour l’industrie,
que les risques doivent être examinés, les intérêts économiques questionnés et que le principe de précaution n’est pas une variable d’ajustement. Cette vigilance nous permet de contrecarrer leurs arguments et de rappeler que le Vivant n’est pas un nouveau far west pour l’industrie.
Car le cynisme et l’arrogance que nous avons vus à l'œuvre sont sans limites !
Le terrain de jeu privilégié de l’agro-génétique. Nous avons pu suivre plusieurs événements (dits « side events ») organisés par les promoteurs du tout-biotech (5) et le contenu est sidérant : très peu de sources scientifiques sérieuses, des affirmations sans arguments, des conclusions absurdes, des présentations fondées sur les codes d’un marketing débridé – tout est bon pour gommer la complexité du Vivant et la profondeur des enjeux :
- Les études indépendantes qui contredisent leurs conclusions ?
« Probablement des faux positifs, dus à des études mal conçues » ;
- Les différences entre les espèces et les écosystèmes ?
« Les insectes sont globalement les mêmes d’un continent à l’autre » ;
- La nécessité de vérifier les risques spécifiques à chaque milieu ?
« Les résultats seront probablement les mêmes partout » (6).
Derrière ces raccourcis, une même logique, limpide : réduire les exigences scientifiques et éviter les études locales pourtant obligatoires, dans l’unique but de faciliter le déploiement des biotechnologies (7). Mais le Vivant n’est pas interchangeable. Les espèces, leurs interactions, les milieux et les risques ont besoin d’être étudiés finement. Ce qui n’a pas été évalué ne peut pas être considéré comme sans danger.
Voilà ce que nous sommes venus rappeler à Erevan : on ne protège pas la biodiversité en fermant les yeux sur les risques.
Parmi les intervenants, le représentant de l’Agricultural & Food Systems institute – un obscur organisme américain promettant de « rendre le monde meilleur » – n’a pas hésité à présenter sa prise de parole comme dénuée de tout conflit d'intérêt, avant de préciser son financement par CropLife (8)… Un des lobbys internationaux de l’agrochimie les plus puissants au monde !
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La COP17 prévoit des salles dédiées pour les présentations des différents observateurs des négociations. Cette salle est ainsi réservée aux présentations des entreprises.
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Notre présence est indispensable pour défendre la biodiversité. Face à ces offensives insupportables, votre association est là pour défendre pied à pied – aux côtés des associations unies pour la protection de la biodiversité à l’international (9) – l’impératif absolu du principe de précaution avant toute volonté de déploiement de biotechnologies qui modifient le Vivant directement dans la nature (10).
La nature n’est pas un laboratoire. Ce principe devrait être le cœur des négociations de la COP. Mais le sujet est extrêmement sensible : à l’heure où nous vous parlons, les négociations ont commencé depuis plus d’une semaine et la biologie de synthèse a beau être un point officiellement à l’agenda (11), le sujet vient seulement d’être mis à l’ordre du jour par le secrétariat de la COP... Laissant un temps extrêmement court aux négociateurs pour trouver un compromis. Les États savent que ce sujet divise et les organisateurs jouent la montre, alors que les enjeux sont immenses !
Pendant les quelques heures de négociations sur la biologie de synthèse (12), les États seront face à deux choix possibles :
- Pile : faire passer la protection du Vivant et notre santé à tous avant les intérêts économiques de l’agro-génétique ;
- Face : tenter de gagner la course internationale à l’innovation en ouvrant grand la porte à la dissémination d’organismes génétiquement modifiés directement dans la nature, au risque de provoquer des dommages graves, voire irréversibles.
Déjà, le comité d’experts scientifiques mandaté par la COP alerte sur les incertitudes entourant l’usage de la biologie de synthèse et l’absence de bénéfices constatés (13).
Pour nous, il est clair que laisser les industriels de l’agro-génétique prétendre régler les problèmes qu’ils ont contribué à créer n’offrira aucune porte de sortie pour le Vivant, déjà à bout de souffle.
À la COP, POLLINIS active tous les leviers de pression. À Erevan, nous suivons les négociations ligne par ligne et nous activons tous les leviers possibles pour faire entendre la voix des citoyens et des défenseurs du Vivant :
- En portant une déclaration officielle à destination des négociateurs (14), contenant nos recommandations pour les négociations et soutenue par les 400 organisations réunies au sein d’une alliance internationale pour le Vivant (15) – une position immédiatement approuvée par plusieurs États clefs ;
- En organisant une conférence publique au cœur de la COP (16), aux côtés de six organisations alliées venues de différents continents, pour dénoncer ensemble les dangers d'une fuite en avant technologique (17) ;
- En martelant nos exigences sur tous les canaux à notre disposition pour qu’elles soient entendues jusqu’aux salles de négociations entre États – jusqu’aux colonnes du seul document imprimé autorisé à être distribué sur place (18) ;
- En dénonçant chacune des manœuvres des lobbys de l'agro-génétique (19) et les dangers d’une vision simpliste, là où la complexité des enjeux doit s’imposer.
Nous ne lâcherons rien pour obtenir que chaque pays renforce ses dispositifs de protection nationaux (20) et adapte l’évaluation des risques (21) face aux nouveaux modes de manipulation du Vivant. Nous voulons qu’ils prennent en compte les risques spécifiques que les biotechnologies font peser sur les pollinisateurs sauvages, l’environnement et notre santé à tous et qu'ils rendent des comptes aux citoyens et aux communautés qui seront les plus directement touchées !
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À la COP17, POLLINIS s'oppose à toute dissémination des biotechnologies dans la nature sans une évaluation scientifique des risques rigoureuse et indépendante.
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Pour amplifier nos actions à Erevan, votre mobilisation peut faire la différence. Les négociations évoluent de jour en jour. Rien n'est joué.
Et nous ne lâcherons rien. Mais face aux moyens considérables des industriels, nous devons montrer aux délégations que des centaines de milliers de citoyens refusent que le Vivant devienne un terrain d'expérimentation pour une poignée de firmes de l'agro-génétique. L'avenir de la biodiversité et des pollinisateurs ne doit pas être sacrifié sur l'autel de leurs profits !
Notre pétition « Stop aux abeilles modifiées » vient de prendre un élan international : nous l’avons présentée aux 400 organisations et scientifiques de la CBDA, pour élargir la mobilisation à l'échelle internationale (22). Et nous avons besoin de vous pour amplifier encore davantage ce mouvement. Les négociations vont encore durer une semaine. Une semaine pendant laquelle le monde dans lequel nous vivons pourrait être profondément transformé.
Ensemble, faisons entendre cette exigence jusque dans les salles où se décide son avenir en partageant autant que vous le pouvez la pétition auprès de tous ceux que vous connaissez, dans le monde entier.
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