Le Rassemblement national (RN) n’aura pas attendu la rentrée scolaire. Dimanche 30 août, le député Jean-Philippe Tanguy annonceque son parti entend sanctionner le port du voile islamique par une amende, s’il accède au pouvoir. Toujours en vacances, je découvreses déclarations alors que je m’apprête à coucher mon fils. Le lendemain, Marine Le Pen précise qu’elle soumettra cette idée à un référendum. La notification s’affiche sur mon téléphone tandis que j’achète des fournitures scolaires. Il n’en faut pas plus fracturer la bulle hermétique à la « démo-anxiété », difficilement construite pendant mes congés…
Oui, les idées racistes du RN alimenteront le débat a minima jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle, en avril prochain. Et s’il ne faut ni s’y habituer, ni cesser de les combattre, elles risquent de nous étouffer – alors que l’on n’a même pas eu le temps de digérer notre éco-anxiété galopante, après cet été de tous les enfers.
Alors, comment survivre à cette campagne ? En posant un congé sans solde de huit mois, pour vivre dans un endroit sans réseau ? L’ option m’attire peu : pour des raisons financières évidentes et aussi parce qu’elle m’expose à me réveiller au mois de mai en découvrant Marine Le Pen sur le perron de l’Elysée, prête à transformer la France en un Etat ségrégationniste.
La solution m’est venue en tombant sur une salutaire interview de l’expert de la Fondation Jean-Jaurès, Raphaël Llorca. Invité sur France-Inter pour la promotion de « Nous, les Français », un ouvrage collectif qui dresse une cartographie de notre société à travers nos habitudes de consommation, il y évoque l’application Voisins vigilants, utilisée par 1 million de personnes : « Seulement 40 % des alertes concernent la sécurité. […] On y parle plutôt des objets perdus, des personnes égarées… Dans ce que certains ont voulu faire un symbole de la France qui s’arme, on retrouve en réalité du lien. »
Au fond, pour traverser cette campagne, se focaliser sur les éléments allant à l’encontre du récit national qu’une certaine classe politique nous narre, peut servir de soupape. Sans pour autant tomber dans le déni, bien sûr – j’ai conscience des divisions bien réelles, sur l’économie ou l’immigration, qui polarisent le pays, comme le révèle l’enquête du Cevipof, « Fractures françaises ». Mais l’on peut aussi choisir de se rappeler que ce qui constitue notre société est aussi ce que nous partageons. Comme notre attachement très élevé à la démocratie : 82 %.