J’avoue : au départ, j’ai ricané. Quand la tenue, à Paris, de plusieurs karaokés géants consacrés à Céline Dion a été annoncée, j’ai d’abord pensé que la « célinomania » allait trop loin. Bien sûr, moi aussi, j’adore hurler « Pour que tu m’aimes encore » en fin de soirée, mais ces cessions ont toujours lieu dans un cadre intime, préservant ma dignité.
Rappelons, si certains l’ignorent encore, que la puissance vocale de la diva québécoise est hors de portée du commun des mortels et que tenter de l’imiter, surtout à plusieurs, transforme immanquablement une sympathique bande-son en une éprouvante cacophonie – voire une offense au concept de musicalité.
Et puis, j’ai vu sur les réseaux sociaux les vidéos des différents évènements : certes, les mélodies étaient saccagées, mais j’ai été frappée par l’extase qu’exprimaient les visages des milliers de participants. Ils chantaient horriblement faux, en effet, mais dans une joie manifeste et, pour tout dire, contagieuse.
Chacun connaît aujourd’hui les bienfaits du chant sur le corps et l’esprit : mais si s’époumoner sous la douche est bienfaisant, le faire au milieu d’une foule anonyme se révèle carrément thérapeutique. C’est ce que la neurologue canadienne (décidément) Anna Zumbansen, directrice de l’Institut de recherche en musique et santé de l’université d’Ottawa, a démontré dans une étude scientifique, parue il y a déjà une dizaine d’années. Chanter avec un groupe de gens que l’on ne connaît pas exige d’entrer sensoriellement en contact avec eux, en synchronisant sa respiration et coordonnant sa rythmique. Une démarche assez rare dans nos vies quotidiennes, qui permet au cerveau de sécréter de la dopamine (l’hormone de la récompense), de la sérotonine (celle du lien social), de l’ocytocine (celle de la confiance) et de l’endorphine (celle du plaisir). Un véritable shoot de bonheur !
Alors pour m’en convaincre, j’ai décidé de ranger mon anxiété sociale dans ma poche et de participer au karaoké spécial « Les chansons qui nous font du bien », le samedi 26 septembre, que « le Nouvel Obs » organise à la Maison des Métallos, en clôture d’une journée de rencontres autour de la santé mentale. Après avoir cogité de concert avec les nombreux chercheurs, penseurs et professionnels de santé dans l’après-midi, nous pourrons tous ensemble atteindre le nirvana promis par Anna Zumbansen. Prêts à tenter l’expérience ? Il paraît que plus il y a de monde, plus ça marche – alors je compte sur vous.