La décision est historique. Pour la première fois, une travailleuse du secteur aérien a vu son cancer du sein être reconnu en maladie professionnelle. La décision est historique. Pour la première fois, une travailleuse du secteur aérien a vu son cancer du sein être reconnu en maladie professionnelle. L’aboutissement d’un long combat judiciaire qui témoigne de la difficulté d’obtenir, aujourd’hui, une telle reconnaissance. Le cancer du sein ne figure dans aucun des 121 tableaux de maladies professionnelles, qui instaurent une présomption d’imputabilité de la maladie au travail.
Et pourtant, le sujet est immense. Une épidémie souterraine. Le cancer du sein est le plus meurtrier chez les femmes, avec près de 13 000 décès par an. Et si les pouvoirs publics aiment faire de la prévention sur les comportements individuels (tabac, alcool, etc.), notamment à l’occasion d’Octobre rose, les facteurs de risque liés au travail sont très largement invisibilisés.
Les études scientifiques ont pourtant de quoi alerter. Pour une femme, travailler de nuit régulièrement augmente le risque de contracter un cancer du sein de près de 30 % – plus que le tabac. L’exposition aux rayons ionisants est aussi reconnue comme un cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer.
Ces deux facteurs de risque ont été reconnus, avec le tabagisme passif des vols fumeurs de la fin du siècle, par le tribunal de Bayonne comme à l’origine du cancer du sein de Sophie Lainault, qui a travaillé trente ans comme hôtesse de l’air à Air France. Mais combien d’autres travailleuses n’ont pas bénéficié de cette reconnaissance ?
En 2025, plus de 2 millions de femmes ont travaillé de nuit, dont plus de 820 000 de manière habituelle. Chaque année, quelque 350 000 actifs et actives sont exposé·es aux rayonnements ionisants.
Pour améliorer la reconnaissance, il faudrait que le cancer du sein entre dans les fameux « tableaux ». Une véritable bataille, que ne soutiennent ni le patronat ni l’État. Cela coûterait cher au premier. Et cela mettrait en lumière les politiques d’assouplissement de la réglementation du travail de nuit mises en place par le second, au détriment de toute politique de prévention.
Début 2027, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) rendra un rapport sur les facteurs de risques professionnels pour le cancer du sein. Mais cela ne suffira pas pour inscrire cette maladie dans un tableau de maladies professionnelles. L’instauration d’un rapport de force sur le sujet est nécessaire. Et la victoire de Sophie Lainault y participe, sans aucun doute.
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