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La revue de presse quotidienne d'un citoyen engagé dans le combat politique et social

Le Monde Moderne - Procès de Rachida Dati et de Carlos Ghosn pour corruption - Jeudi 17 septembre 2026

Demande du PM à la commission européenne, 5 candidats à la primaire de gauche, l’UE propose un statut inédit au Canada, libération conditionnelle de Mohamed Bakkali.
 
 
 
 
 
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Procès de Rachida Dati et de Carlos Ghosn pour corruption

Rachida Dati comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour corruption passive et trafic d'influence passif. L'ancienne eurodéputée, qui a récemment demandé sa réintégration dans la magistrature, va devoir s'expliquer sur les honoraires d'avocate de 900 000 euros que Renault-Nissan lui a versés entre 2010 et 2012, et l'effectivité de son travail. Elle encourt jusqu'à dix ans de prison et 450 000 euros d'amende, soit la moitié des honoraires perçus.

PDG de Renault à l'époque, Carlos Ghosn est lui aussi jugé. En fuite au Liban, il a demandé le renvoi du procès à une date ultérieure, mais le tribunal a refusé sa demande. Le procès se poursuit donc en son absence : il est prévu pour s'étaler sur six après-midi, jusqu'au 28 septembre.

   

Ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy et ex-ministre de la Culture d'Emmanuel Macron, Rachida Dati est soupçonnée d'avoir noué un pacte de corruption avec Renault-Nissan, lors de son premier mandat d'eurodéputée, en contrepartie de lobbying au Parlement européen, où elle était élue, pour le compte du constructeur automobile français.

La réalité du travail juridique effectué par Rachida Dati est mise en doute. Ainsi, le Parquet national financier s'étonne des “rares documents remis ou découverts au cours des investigations”.

Carlos Ghosn, accusé d'être le corrupteur, est renvoyé pour corruption active et trafic d'influence actif. L'ancien PDG de Renault doit, en plus, être jugé pour abus de pouvoir et de confiance. Rachida Dati, elle, le sera également pour recel de ces délits.

La demande de Sébastien Lecornu à la Commission européenne

Sébastien Lecornu demande à la Commission européenne d'“alléger la charge pesant sur les Etats membres”, après le rejet le 2 juillet, par la Cour de Justice de l'Union européenne, de l'appel de Google contre l'amende record de 4,1 milliards d'euros que lui avait infligée Bruxelles en 2018. La Commission européenne pointait l'abus de position dominante du géant américain dans l'écosystème des téléphones mobiles. Alors que le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté le 30 septembre en Conseil des ministres, Sébastien Lecornu pointe un contexte de “fortes pressions exercées sur les budgets nationaux cette année”.

Dans un courrier adressé par le Premier ministre français à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, Sébastien Lecornu “invite la Commission à veiller à ce que les recettes exceptionnelles résultant de l’amende infligée à Google, a fortiori d’autres recettes supplémentaires, se traduisent par une réduction des contributions des États membres”.

   

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“Toute recette budgétaire de l’Union supérieure aux prévisions qui pourrait être enregistrée au cours des prochains mois, notamment au titre des droits de douane, de la taxe sur les petits colis et de la suppression de la franchise des droits de douane, devrait également être en principe utilisée pour alléger la charge pesant sur les Etats membres plutôt que pour financer des dépenses supplémentaires”, écrit le chef du gouvernement français.

Le 2 juillet, la Cour de Justice de l’Union européenne “a rejeté le recours de Google et Alphabet contre l’arrêt du Tribunal et a confirmé l’amende de 4,1 milliards d’euros infligée, représentant 4,6 milliards d’euros avec les intérêts”, rappelle Sébastien Lecornu.

La demande du Premier ministre “devrait être inscrite au budget en tant que recettes supplémentaires dans le projet de budget rectificatif n°3 pour 2026, attendu en octobre”, plaide-t-il. Sébastien Lecornu souhaite que cela permette “de réduire les contributions nationales des États membres, en particulier à un moment où nombre d’entre eux sont confrontés à de fortes contraintes sur leurs finances publiques et à un durcissement des conditions d’emprunt sur le marché des obligations souveraines”.

Cinq candidats participeront à la primaire à gauche pour la présidentielle

Ils seront finalement cinq sur la ligne de départ. Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal participeront à la primaire PS-Place publique pour la présidentielle 2027, prévue les 9-10 et 16-17 octobre. En revanche, le député de l’Eure Philippe Brun n’y participera pas : il a été exclu de la primaire et suspendu du parti à titre conservatoire par le bureau national du PS, après des accusations de violences.

Le député socialiste Philippe Brun dit avoir appris sa suspension avec “stupeur” et ignorer ce qui lui est “reproché”. “Une ancienne collaboratrice que j’ai licenciée pour faute grave aurait saisi hier à 23h50 la direction du parti de faits pouvant être qualifiés pénalement. Je ne connais pas ces faits. J’ignore ce qui m’est reproché. Je n’ai pas été entendu par les commissions du parti”, se défend l’élu.

Le chef de Place publique, Raphaël Glucksmann, et le patron du petit parti Gauche républicaine et socialiste, Emmanuel Maurel, n’avaient pas besoin de soutiens internes au PS en tant que dirigeants de parti. Pour les socialistes, il fallait avoir les signatures de 15 membres du conseil national, ou de 10 parlementaires, ou de 50 conseillers régionaux ou départementaux sur huit départements et trois régions ou de 50 maires répartis sur trois régions.

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Statut inédit proposé par Ursula von der Leyen au Canada

La présidente de la Commission européenne a proposé au Canada de devenir le premier pays “membre associé” de l'UE, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant les députés européens à Strasbourg.

L’article 217 du traité sur le fonctionnement de l’UE permet la mise en place d’accords d’association, qui permettent une collaboration renforcée sur des sujets précis. Des pays comme la Géorgie ou le Chili en bénéficient déjà. Autre possibilité : l’adhésion à l’Espace économique européen, qui autorise des pays comme l’Islande ou la Norvège à participer au marché unique européen. Mais ce statut oblige les pays à adopter un grand nombre des règles de l’UE, sans pouvoir les influencer.

Ursula von der Leyen n’a pas précisé la façon dont elle envisageait ce nouveau statut. Ces questions seront abordées lors du sommet EU-Canada prévu fin octobre, selon l’exécutif européen.

Ce n’est pas la première fois qu’un statut de “membre associé” est évoqué avec un autre pays. En mai, l’Allemagne a proposé que l’Ukraine en bénéficie, afin que Kiev puisse assister à certaines réunions ministérielles ou sommets de l’UE sans toutefois disposer d’un droit de vote. La proposition avait divisé les capitales européennes et provoqué l’indignation de Kiev, qui avait rappelé sa volonté d’adhésion pleine et entière à l’UE.

L’idée de rapprocher le Canada de l’UE recueille un plus grand consensus. La proposition de la présidente de la Commission est avant tout symbolique. Le Canada, en pleine guerre économique avec les Etats-Unis, cherche de nouveaux partenaires. De son côté, l’Europe, dont les relations avec Washington sont tout aussi houleuses, est en quête d’appuis à sa stratégie de rééquilibrage entre les deux superpuissances, Chine et Etats-Unis.

Possible libération conditionnelle du logisticien des attentats du 13-Novembre

L’éventuelle sortie de l’un des hommes clés des attaques du 13-Novembre, souvent présenté comme le logisticien de la cellule terroriste, sera étudiée le 29 septembre, lors d’une audience devant le tribunal de l’application des peines d’Ittre en Belgique.

Mohamed Bakkali est incarcéré depuis son interpellation le 26 novembre 2015, dans le cadre de l’enquête belge sur les attentats de Paris et Saint-Denis. La cour d’assises spéciale de Paris l’a condamné à deux peines, de vingt-cinq et trente ans de réclusion. En droit français, les peines ne s’additionnant pas, le trentenaire a bénéficié de la confusion de ses deux condamnations, qui ont été ramenées à un total de trente ans. Le principe étant que la peine la plus courte est englobée dans la plus longue.

Or, sa plus longue peine était assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Si Mohamed Bakkali l’avait purgée en France, il n’aurait donc été libérable qu’en 2035, au mieux. Mais son extradition par la justice belge, dans le cadre du mandat d’arrêt européen délivré par les autorités françaises, avait, dès le départ, été assortie d’une clause de retour. “Cette clause n’est pas automatique : elle doit être demandée avant l’exécution du mandat d’arrêt par la Belgique et a été obtenue par plusieurs accusés, dont Mohamed Bakkali”, décrypte Julien d’Andurain, ancien avocat de l’association Life for Paris (depuis dissoute).

Arrivé en France le 26 janvier 2018 pour ses deux procès, Mohamed Bakkali a donc été renvoyé en Belgique le 20 janvier 2023. Sa période de sûreté a alors immédiatement disparu, puisque cette notion, introduite dans la loi belge en 2017, n’existait pas au moment des faits survenus deux ans auparavant, et pour lesquels le Belgo-Marocain a été condamné. Il peut donc, comme tout détenu, formuler une demande de libération conditionnelle au tiers de sa peine.

Ce palier ayant été atteint, le terroriste, originaire de Verviers, a pu demander plusieurs permissions de sortie. Celles-ci qui lui ont été accordées par le tribunal de l’application des peines de Bruxelles. Mohamed Bakkali a ainsi “récemment bénéficié de six congés pénitentiaires de trente-six heures chacun”, précise le parquet de la capitale belge. L’octroi de ces congés participe “à une évolution légale du parcours de l’intéressé dans la préparation de sa réinsertion” et ce “compte tenu de l’ensemble des démarches et du travail déjà réalisés en prison”, souligne la juridiction.

Son avocate française, Orly Rezlan, insiste sur “le comportement exemplaire” de son client pendant toute la durée de sa détention des deux côtés de la frontière. “Il a été à l’isolement complet pendant six ans en France, il n’a jamais eu un coup de sang”, argue-t-elle, rappelant que Mohamed Bakkali a passé une licence de sociologie derrière les barreaux. Celui qui avait exercé son droit au silence pendant le procès des attentats du 13-Novembre a également, selon son conseil, “obtenu un diplôme en nutrition”.


Macron convoque son Etat major et les politiques demain à l’Elysée. Et la menace de la guerre hybride est agitée. Ce soir, Xavier Moreau répond à nos questions : La Russie est-elle en guerre contre l’Europe?

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EDITO : La souveraineté s’arrête sur le quai de Sète

La souveraineté s’arrête sur le quai de Sète

Mark Carney est venu dire devant le Parlement européen qu’il accueillait favorablement la proposition d’Ursula von der Leyen de faire du Canada un « membre associé » de l’Union. La formule a fait le tour des rédactions en quelques heures, avec son slogan d’accompagnement : « plus forts ensemble ». Toute la presse a tenu la même image, reprise, traduite, déclinée — un premier ministre canadien à la tribune de Strasbourg et l’idée séduisante qu’un continent démocratique en aide un autre à tenir tête à Donald Trump.

Je pèse les mots avant de les croire. « Membre associé » : personne, ce soir, n’est capable de dire ce que ce statut recouvre. Ni quels droits, ni quelles obligations, ni quel calendrier, ni quel vote de qui. Nous avons entendu la formule avant qu’elle ait un contenu — et c’est très exactement la définition d’un élément de langage. On a d’abord fabriqué le titre de presse, l’annonce d’une alliance, la photographie d’un partenaire fiable à l’heure où l’allié historique devient imprévisible. Le reste viendra plus tard, ou ne viendra pas. Ce que j’ai vu aujourd’hui, ce n’est pas un traité, c’est une intention prononcée dans un hémicycle et applaudie.

Je ne méprise pas l’intention. Quand Washington transforme le commerce en instrument de chantage, chercher d’autres partenaires relève du bon sens élémentaire, et je préfère mille fois cette Europe-là à celle qui courbe l’échine. Mais il y avait, le même jour, une autre carte de l’Europe à regarder, et celle-là n’a pas eu droit aux mêmes égards : à Frontignan, à Sète, à Nice, les pêcheurs bloquaient les ports. Contre le prix du carburant. Malgré les aides que le gouvernement venait d’annoncer. Avec une réunion au ministère à la clé, ce rendez-vous qui sert traditionnellement à faire baisser la fièvre sans faire baisser les prix. Le mouvement s’étend. Il est méditerranéen aujourd’hui ; rien ne dit qu’il le restera.

Voilà le fil que je tire ce soir : nous avons passé la journée à commenter une souveraineté qui se déclare, pendant qu’une souveraineté qui se mesure était en train de s’effondrer sur les quais. L’une se dit à la tribune. L’autre se lit à la pompe.

Parce qu’un pêcheur qui bloque un port ne fait pas de la politique étrangère, il fait un calcul. Il connaît le prix auquel il vend sa caisse de poisson et le prix auquel il achète son gasoil, et il sait à quel moment l’écart rend la sortie en mer absurde. Ce calcul-là, aucun sommet ne le fait à sa place. Et le plus dur, pour lui, c’est que les deux prix qui décident de sa vie sont fixés ailleurs, par des gens dont il ne connaît pas les noms et qui ne connaîtront jamais le sien. Les aides que l’État déverse ne corrigent pas ce rapport de force : elles le maquillent. On subventionne la douleur pour éviter d’avoir à toucher à sa cause.

Regardez ce que la même journée a produit du côté de l’argent. La Réserve fédérale a relevé ses taux pour la première fois en trois ans, et Donald Trump est entré en fureur : une Fed « hostile », et cet ordre lancé comme on parle à un subordonné — « Baissez les taux d’intérêt pour les États-Unis, et vite ! » À Londres, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 % malgré une inflation au plus haut depuis cinq mois, tout en prévenant qu’une hausse était probable. Les banques britanniques, elles, n’ont pas attendu : elles relèvent déjà leurs taux hypothécaires. Le signal suffit. La décision n’est même pas prise que la facture est déjà envoyée.

Je trouve cette séquence infiniment plus instructive que tous les communiqués de la journée. Elle dit où se trouve le pouvoir réel : dans la fixation du prix de l’énergie et du prix de l’argent. Trump, lui, l’a parfaitement compris — c’est pour cela qu’il hurle sur sa banque centrale au lieu de faire des discours sur les valeurs. Il se bat là où ça se décide. Pendant ce temps, nous célébrons un statut dont nul ne connaît le contenu, avec un pays ami, contre un homme qui, lui, passe sa journée à essayer de faire baisser le coût du crédit pour ses électeurs.

Voilà pourquoi je ne crois pas une seconde qu’une alliance transatlantique, si vertueuse soit-elle sur le papier, protège quoi que ce soit tant qu’elle ne descend pas jusqu’au quai. Une souveraineté qui ne se traduit pas en prix maîtrisés pour ceux qui produisent n’est pas une souveraineté : c’est une posture diplomatique. Et une posture diplomatique, un pêcheur de Sète ne peut ni la mettre dans son réservoir ni la porter à sa banque.

Il faut mesurer ce que cet écart fabrique politiquement. Chaque fois que l’Europe est spectaculaire à l’extérieur et impuissante à l’intérieur, elle offre un argument gratuit à ceux qui n’attendent que cela : voyez, ils s’occupent du Canada, ils ne s’occupent pas de vous. L’argument est malhonnête — le repli national ne baisserait pas davantage le prix du gasoil — mais il est efficace, parce qu’il part d’un fait vrai. On ne combat pas ce fait vrai avec un slogan. On le combat en agissant sur les prix, c’est-à-dire en affrontant ceux qui les fixent. Cela suppose des décisions impopulaires chez les puissants, et pas seulement des poignées de main devant les caméras.

Ce que je retiens du jeudi 17 septembre, c’est donc ceci : deux Europes ont parlé en même temps, et une seule a été entendue. Celle qui parlait depuis un hémicycle a eu les titres. Celle qui parlait depuis un port a eu une réunion au ministère.

La suite se joue sur les quais.

 

 

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