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La revue de presse quotidienne d'un citoyen engagé dans le combat politique et social

Le Monde Moderne - La Quotidienne : Baisse générale du niveau des élèves dans le classement Pisa - Jeudi 10 septembre 2026

Suspension de policiers municipaux, aucune aide pour les carburants, hausse des attaques contre les écoles, Benyamin Nétanyahou en mauvaise posture.
 
 
 
 
 
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Baisse générale du niveau des élèves dans le classement Pisa

Dans son édition 2026, basée sur les données de 2025, le classement du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) met en lumière une forte baisse du niveau scolaire des 91 pays et régions étudiés par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), depuis le dernier rapport datant de 2023. Tous les trois ans depuis 2001, l'organisme évalue le niveau des élèves de 15 ans en mathématiques, en lecture et en sciences. Et cette année encore, l'organisation internationale s'inquiète de cette chute continue.

“Les résultats moyens sont les plus faibles jamais observés”, alerte-t-elle. Depuis la dernière évaluation, il y a trois ans, les pays de l’OCDE ont perdu en moyenne 3 points en sciences, 14 en lecture et 9 en mathématiques. Alors qu’en 2022, 16% des élèves avaient un niveau insuffisant en sciences, en mathématiques et en lecture, ils sont désormais 20%. Cette baisse de niveau s’inscrit dans un phénomène de long terme. En dix ans, les élèves ont pris une année et demie de retard dans l’apprentissage en compréhension de texte, et un peu plus d’une année en mathématiques.

   

 

 

Les élèves français ne sont pas épargnés par cette dégringolade généralisée. Par rapport à 2022, dix mois de retard ont été accumulés en compréhension de texte et neuf mois en mathématiques. Le niveau en sciences parvient davantage à se maintenir, avec seulement deux mois de retard. La France réussit malgré tout à se maintenir à la 27e place du classement Pisa, ne perdant qu’une place depuis sa dernière édition. Cette stagnation s’explique par la baisse des scores dans de nombreux pays.

Le milieu socio-économique reste l’un des principaux déterminants du niveau des élèves, selon l’OCDE. Au regard des inégalités sociales, la France sort du lot. Selon le rapport Pisa 2026, la différence de niveau en sciences entre le quart des élèves les plus et les moins favorisés est de 100 points. C’est 15 points de plus que la moyenne mondiale de 85 points, soit neuf mois de retard pour les moins favorisés.

Les auteurs du classement expliquent aussi ce recul par un désengagement des parents, qui s’investissent moins dans la scolarité de leurs enfants. En 2025, 63% des élèves affirment que leurs parents ou tuteurs leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils font pendant leur journée à l’école, contre 74% en 2022.

Lutter contre les inégalités socio-économiques pourrait permettre d'accroître le niveau, mais ces inégalités n'expliquent pas la baisse observée. Dans le rapport, le décrochage se trouve surtout dans le quart le plus favorisé de la population, alors que les élèves défavorisés se maintiennent à un niveau plus bas. Pour expliquer ce phénomène, une hypothèse est avancée : l'utilisation accrue de l'intelligence artificielle et des outils numériques.

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Suspension de policiers municipaux pour propos racistes, homophobes et misogynes

Après la publication d’une vidéo dans laquelle on entend un policier proférer des “propos à caractère racistes, homophobes et misogynes”, le parquet de Carcassonne a ordonné la suspension des policiers municipaux de la ville mis en cause. La vidéo met en exergue des faits susceptibles de revêtir la qualification de diffamation envers un groupe de personnes à raison de leur origine.

Sur X, Laurent Nuñez a annoncé un peu plus tôt “faire procéder à un contrôle de la police municipale de Carcassonne par l’inspection générale de l’administration”, après la publication de cette vidéo par le quotidien régional Midi libre. Les propos, tenus lors d’une patrouille de police en novembre 2025, avaient été enregistrés par la caméra-piéton de cet agent, sans qu’il s’en rende compte. Le ministre de l’Intérieur a ainsi dénoncé des propos “indignes de l’uniforme de la police municipale et des valeurs de la République”.

Cette vidéo, sur laquelle on entend plusieurs policiers, avait circulé au sein du commissariat, entraînant le dépôt d’une plainte pour “atteinte à la vie privée” par l’un d’eux, brigadier-chef, puis l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Carcassonne.

Membre du service de sécurité du Rassemblement national, le policier mis en cause a été exclu “du parti et de toutes ses fonctions bénévoles, notamment au sein du service d’ordre”, a annoncé le parti.

Aucune nouvelle aide annoncée pour les carburants

Aucune nouvelle aide n'a été annoncée au cours de la réunion des distributeurs de carburants à Bercy. Il n'y aura pas de plafonnement généralisé des prix, car une telle mesure pourrait provoquer une pénurie dans les stations essence, affirme Bercy. Aucun geste fiscal ne sera accordé, au vu de l'état des finances publiques.

Bercy rappelle que les aides sectorielles au BTP, aux agriculteurs et aux marins-pêcheurs ont été prolongées jusqu'à fin octobre. Elles permettent des économies moyennes de 15 à 25 centimes par litre de carburant. Le guichet pour les grands rouleurs est lui aussi maintenu jusqu'au 30 septembre, car seulement la moitié des foyers éligibles ont demandé cette aide.

Ces mesures ont déjà coûté 1,4 milliard d'euros à l'État selon Bercy. Le ministère annonce tout de même qu'une enquête est en cours sur les marges des raffineurs, pointées du doigt par des patrons de la grande distribution.

Augmentation de 33% des attaques contre les écoles

Dans les zones de conflits, les écoles sont de plus en plus ciblées. Plus de 1 600 attaques ont été perpétrées contre des établissements scolaires dans le monde en 2025, soit une hausse de 33% sur un an, annonce l'Organisation des Nations unies pour l'éducation (Unesco). Dans un communiqué, elle “exprime sa vive inquiétude” et “appelle à une protection renforcée de l'éducation”.

L'organisation recense, dans la mesure du possible, les attaques contre des établissements scolaires commises par des pays belligérants ou groupes armés non étatiques, mais n'inclut pas dans son bilan les attaques individuelles, par arme à feu ou au couteau par exemple, qui surviennent dans des pays en paix. Elle a ainsi recensé 1 680 attaques contre des écoles en 2025, contre 1 265 lors de l'année précédente.

L'organe onusien rappelle ainsi qu'il “mobilise ses partenaires” dans “plus de 20 pays touchés par des conflits et des crises” pour renforcer la sécurité des écoliers. Ces actions se concrétisent notamment par l'installation d'abris de protection dans les écoles en Ukraine, le soutien psychosocial aux enfants déplacés au Liban ou encore le soutien aux élèves de Gaza pour qu'ils puissent poursuivre leur apprentissage grâce à des espaces scolaires temporaires et au Campus virtuel.

Benyamin Nétanyahou averti d’un projet d’attaque du Hamas avant le 7-Octobre ?

L’enquête a provoqué une onde de choc en Israël, à quelques semaines d’élections législatives très disputées. Le quotidien Haaretz a publié un long article qui affirme que le Premier ministre Benyamin Nétanyahou avait été averti par le président des Emirats arabes unis, quelques jours avant les attentats du 7-Octobre, que le Hamas menaçait de lancer une attaque majeure depuis la bande de Gaza. L’article, extrait d’un livre à paraître de deux journalistes, accuse le dirigeant de ne pas avoir relayé cette alerte aux forces de sécurité israéliennes.

D’après Haaretz, début 2023, un canal de discussion secret est ouvert entre Israël et le Hamas, pour rechercher un arrangement à long terme dans la bande de Gaza. Selon le journal, les discussions progressent, les deux camps se rapprochent d’un accord impliquant notamment des échanges d’otages israéliens et de prisonniers palestiniens, mais Benyamin Nétanyahou repousse plusieurs fois la tenue d’un comité ministériel nécessaire pour valider définitivement l’accord. Début septembre, le Hamas coupe ce canal de discussion.

Le chef du Hamas demande alors à un responsable du Fatah palestinien, qui servait d’intermédiaire dans ces discussions secrètes avec Israël, d’avertir l’Etat hébreu qu’“une opération terrifiante”, digne d’un “tremblement de terre”, était en préparation.

Selon Haaretz, l’information est relayée au renseignement intérieur israélien, le Shin Bet, le 15 septembre, et un conseil de sécurité se tient deux jours plus tard, mais aucune décision n’y est prise. Observant l’absence de réaction d’Israël, le président des Émirats arabes unis appelle directement Benyamin Nétanyahou. Selon l’enquête publiée par Haaretz, ce dernier lui répond alors qu’il estime que le Hamas cherche avant tout à agir en Cisjordanie occupée, que la bande de Gaza est sous contrôle et qu’Israël est “préparé pour n’importe quel scénario”.

Le dirigeant israélien n’a pas informé les chefs du Shin Bet, du Mossad et de l’armée de cet appel du président émirien et de son insistance au sujet des menaces du Hamas.

Les équipes de Benyamin Nétanyahou ont immédiatement démenti les révélations de l’enquête. Sur X, ce dernier a annoncé son intention de déposer une plainte en diffamation contre Haaretz et un des auteurs de l’enquête.


Bistro, carburants et racisme au programme de la revue de presse

Huit mois. C’est le temps qu’il aura fallu à la justice de Carcassonne pour regarder une vidéo qui dormait déjà dans un tiroir. Pendant ce temps-là, l’essence a battu des records, les Français ont fait leurs comptes au centime près, et Gabriel Attal est allé serrer des mains dans des bistrots vides pour leur expliquer qu’ils toucheraient moins de retraite. Trois France qui ne se parlent plus, et une seule question qui les traverse toutes : qui protège qui, et contre qui.

Le flic raciste que personne ne voulait voir

Un policier municipal de Carcassonne, membre du service d’ordre du Rassemblement national, a filmé sans le savoir six heures de sa propre tournée : blagues sur la torture en Algérie, sur le viol, sur les migrants, un collègue qui rigole au téléphone de l’accident d’un « bougnole ». La caméra piéton était allumée, la hiérarchie avait la bande, et il n’y a rien eu — jusqu’à ce que Midi Libre s’en empare et que quatre agents soient enfin suspendus. Ce que je pointe, ce n’est pas seulement l’homme et son grand chelem du racisme ordinaire : c’est le fait qu’il ait été réintégré après l’élection d’un maire RN à Carcassonne, et que la procureure ait attendu la médiatisation pour bouger. Pendant ce temps, un porte-parole du RN venait sur France Info minimiser le dossier, quand d’autres se font virer d’un simple like sur LinkedIn. L’honorabilité, dans ce pays, a visiblement une couleur politique.

 07:24 — Le policier RN de Carcassonne filmé six heures en pleine dérive
 1:15:31 — La vidéo hallucinante des policiers racistes de Carcassonne
 1:27:50 — Le flic raciste de Carcassonne, réintégré par le RN

L’essence flambe, l’État regarde ailleurs

Le prix du carburant a atteint un sommet historique, et l’appel à un nouveau 17 octobre gilets jaunes circule déjà. La colère de 2018 n’a jamais disparu : elle a juste attendu son tour, et elle est devenue exponentielle. Ce que Le Parisien appelle pudiquement de la « résilience » face à la pompe, c’est en réalité une infirmière libérale qui voit son plein passer de 80 à 120 euros sans être éligible à la moindre aide, parce qu’elle ne coche pas la case administrative des « grands rouleurs ». Pendant que Bercy gèle les dispositifs promis, la dette française dépasse les 3 500 milliards d’euros et les taux à dix ans flirtent avec les 5% — mais personne, ni à droite ni à gauche, n’ose ouvrir le vrai débat sur la mutualisation européenne ou l’effacement par la BCE. On préfère baisser de quelques points l’indemnité des ministres pour se donner un genre : du cosmétique pendant que la maison brûle. Quant au RN, qui propose de baisser les taxes sur l’essence, il fait un cadeau fiscal à Total en habillant ça en colère populaire. L’État français est obèse, et c’est toujours le même régime qu’on lui prescrit : rien.

 10:30 — Essence au prix record : l’appel au retour des gilets jaunes le 17
 57:10 — Un reportage BFM sur une infirmière ruinée par l’essence tourne court
 49:07 — La dette française au bord de l’explosion

La Macronie fait sa tournée des bistrots vides

Gabriel Attal promettait mille bistrots, Ouest France lui a offert un article dithyrambique ; les images, elles, montrent une salle presque vide et quelques jeunes isolés au fond, pendant que ses soutiens balaient la polémique sur l’alcool comme « débile ». Même scène ratée chez Franck Riester à Paris. Pendant ce temps, François Bayrou jure sur BFM qu’il ne sera pas candidat en 2027 — pratique, quand on est en procès en appel pour détournement de fonds dans l’affaire des assistants du MoDem et qu’on a traversé Matignon empêtré dans Bétharam sans que grand monde n’y trouve à redire sur un plateau. Le clan Le Pen, lui, verrouille sa campagne en interne : la nièce à la communication, la sœur en tête de liste, le beau-frère à la plume, et Bardella relégué au second plan. Et à gauche, la primaire du PS s’ouvre à 15 euros le ticket d’entrée — un tarif qui trie déjà les classes populaires à la porte — pendant qu’Olivier Faure traite Glucksmann de « bobo parisien déconnecté » et qu’Anne Hidalgo doit répondre d’un scandale au périscolaire parisien où des familles portent plainte contre elle et Emmanuel Grégoire pour non-assistance à personne en danger. Un parti unique, disais-je, et le dégagisme électoral n’attend qu’un motif pour passer à la caisse.

 1:39:57 — La tournée des bistrots de Gabriel Attal tourne au fiasco filmé
 17:54 — François Bayrou dit ne pas être candidat, Alexis rappelle Bétharam
 2:03:58 — Anne Hidalgo confrontée au scandale du périscolaire parisien

Pendant ce temps, la Chine automatise et Zelensky fait la une pour un drone à 160 km

Morgan Stanley annonce que la Chine pourrait vendre 450 000 robots par an d’ici 2030 : une usine entière tourne déjà sans un seul ouvrier dans la vidéo qu’on a regardée. En face, un dirigeant démissionnaire d’Anthropic évalue à 25% le risque que l’intelligence artificielle menace directement l’humanité d’ici dix ans — et je le dis sans détour, Sam Altman, qui a lancé cette course sans le moindre garde-fou, est un danger public. Sur un tout autre terrain, l’affaire du drone russe « qui aurait failli » toucher l’avion de Zelensky au décollage en Moldavie a été montée en tentative d’assassinat par une bonne partie des médias occidentaux, avant que la présidence ukrainienne elle-même ne relativise : l’engin volait à 160 kilomètres, dans un couloir aérien partagé. On est là pour raconter de la merde, disait un des invités — c’est la définition la plus honnête que j’aie entendue du traitement de l’information ces derniers temps.

 30:12 — La Chine rafle la robotique, une IA jugée dangereuse pour l’humanité
 1:32:37 — L’avion de Zelensky visé par un drone ? L’emballement médiatique


Entre un flic raciste blanchi par le silence, un plein d’essence qui ruine une infirmière et un bistrot vide filmé comme un triomphe, il n’y a qu’un seul fil : celui d’un pays qui préfère l’habillage au règlement des comptes. Le 17 octobre approche, et cette fois la facture pourrait tomber sur la bonne table.

Vidéo intégrale : La vidéo
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L’EDITO

La souveraineté ne s’achète pas à dix ans

Emmanuel Macron a demandé aujourd’hui à l’Europe de « changer d’échelle » et de se donner des vols habités d’ici dix ans, avec une gouvernance partagée et une autonomie assumée face aux États-Unis. Le même jour, les houthistes, alliés de l’Iran, ont pris le contrôle de Mokha, ville portuaire de la mer Rouge, à portée du détroit de Bab el-Mandeb par lequel passent les flux énergétiques mondiaux. Et le même jour encore, la Banque centrale européenne a relevé ses taux d’un quart de point, à 2,50 %, en expliquant que l’inflation qu’elle combat tient à la guerre au Moyen-Orient et au choc énergétique.

Trois nouvelles, un seul sujet. Et un ordre de priorité qui, à mon sens, dit tout de l’état réel de notre continent.

Je ne moque pas l’ambition spatiale. Elle est légitime, elle est même nécessaire : qui ne maîtrise pas ses lanceurs, ses satellites, ses orbites, ne maîtrise ni ses communications ni son renseignement, et loue sa vue du monde à d’autres. Sur le principe, je souscris. Ce que je regarde, c’est le rapport de temps entre les trois annonces. L’autonomie stratégique est promise à dix ans. La perte de contrôle sur un détroit, elle, s’est jouée dans la journée. Et la facture, elle, est arrivée ce soir, sous la forme d’un quart de point de taux directeur.

Voilà l’asymétrie que je trouve accablante. Nous parlons souveraineté au futur et nous la subissons au présent. Une poignée de kilomètres de mer, quelque part entre l’Afrique et la péninsule arabique, décide du prix de l’énergie sur nos factures, donc de l’inflation, donc du loyer de l’argent, donc des crédits immobiliers, des investissements industriels et des budgets publics du continent qui rêve de vols habités. Il n’y a pas de « gouvernance partagée » de Bab el-Mandeb. Il y a des forces armées locales, des parrainages régionaux, des porte-conteneurs qui recalculent leurs routes, et une Europe qui découvre chaque fois avec la même surprise que son mode de vie tient à des goulets qu’elle ne tient pas.

Regardez la manière dont la presse a traité ces trois faits, et vous aurez la mesure de notre aveuglement. Le discours sur l’espace a eu droit aux analyses, aux commentaires, à la mise en récit : de la conquête, de la fierté, de l’horizon. La prise de Mokha a été traitée comme une nouvelle lointaine, un point sur une carte que peu de lecteurs sauraient placer. Quant à la décision de la BCE — celle qui va effectivement changer la vie des gens — elle a circulé sous forme de dépêche, reprise à peu près telle quelle, sans que quiconque ait jugé utile de demander qui allait payer. Le spectaculaire est commenté, le structurel est recopié. C’est le partage des tâches habituel du commentariat français, et c’est précisément pour ça qu’il faut lire la presse à l’envers.

Car il y a une décision politique majeure dans cette journée, et ce n’est pas celle qu’on a mise en avant. La BCE dit elle-même que l’inflation qu’elle combat vient d’une guerre et d’un choc énergétique. Autrement dit : d’un choc d’offre, importé, sur lequel les salariés européens n’ont aucune prise. Et sa réponse est de renchérir le crédit. Traduction concrète : un ménage qui emprunte, une commune qui investit, une PME qui se finance vont payer une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée, dans un détroit qu’ils ne contrôlent pas, pour un baril dont ils ne fixent pas le prix. On appelle ça de la lutte contre l’inflation. J’appelle ça un transfert : le choc géopolitique est converti en austérité monétaire, et l’ajustement retombe sur ceux qui ont besoin d’emprunter, jamais sur ceux qui ont de quoi prêter.

Et c’est là que le discours du jour se retourne contre lui-même. On ne peut pas, dans la même journée, appeler l’Europe à « changer d’échelle » et resserrer les conditions de financement de ce changement d’échelle. Une politique industrielle et spatiale, ça se paie en dette longue, en commandes publiques, en investissements qui ne rapportent rien pendant des années. Le mot « puissance » ne suffira pas à en produire un euro. Tant que la seule institution fédérale réellement souveraine du continent est une banque centrale dont le mandat ignore l’industrie, l’autonomie stratégique restera un genre littéraire — un beau genre, avec ses sommets, ses tribunes et ses horizons décennaux.

Je ne crois pas une seconde que ce soit un oubli. C’est un choix de langue. Dire « autonomie face aux États-Unis » coûte un discours ; la faire coûterait des arbitrages sur l’énergie, sur les traités commerciaux, sur les règles budgétaires, sur les alliances au Moyen-Orient — c’est-à-dire des conflits avec des intérêts très précis, très puissants et très bien représentés à Bruxelles. Le spatial, lui, a l’immense avantage d’être consensuel : personne ne perd rien aujourd’hui à ce qu’on promette la Lune pour dans dix ans. La souveraineté à échéance lointaine est la seule forme de souveraineté qui ne fâche personne.

Ce que je retiens de ce jeudi, ce n’est donc pas une ambition, c’est une hiérarchie. Nous savons parler d’orbites et nous ne savons pas parler de détroits. Nous savons financer un récit et nous ne savons pas financer une capacité. Nous savons commenter un discours et nous laissons passer sans un mot la décision qui, dès ce soir, prélève sur les ménages européens le prix d’une guerre qui ne leur appartient pas.

L’Europe ne manque pas de rampes de lancement. Elle manque de cartes marines.

Et de courage à l’échelle du présent.

 

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