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6 grande découvertes médicales liées au hasardChers amis,La tarte Tatin est née d'un heureux hasard culinaire survenu à la fin du XIXe siècle dans l'hôtel-restaurant des sœurs Tatin à Lamotte-Beuvron, en Sologne. Personnellement, j'adore la fameuse tarte, mais il faut bien avouer que cette délicieuse découverte n'a pas changé la face du monde. En revanche, certaines des découvertes médicales les plus importantes sont nées dans des conditions qui relèvent, elles aussi, de la providence. On imagine volontiers les grandes découvertes médicales comme le résultat d'un raisonnement impeccable. Un chercheur formule une hypothèse, réalise des expériences, obtient exactement le résultat attendu et, quelques années plus tard, le monde entier bénéficie de sa découverte. La réalité est beaucoup plus désordonnée. C'est ainsi que, parfois, une moisissure, une vache qui saigne, un gaz de combat ou un colorant ont contribué à écrire l'histoire de la médecine. 1. Une moisissure oubliée qui allait sauver des millions de viesC'est probablement l'histoire la plus célèbre de toutes. En 1928, Alexander Fleming s'attelle à étudier des bactéries, notamment des staphylocoques. Après quelques jours d'un repos bien mérité, il constate qu'une de ses boîtes de culture a été contaminée par une moisissure. Pour la plupart des chercheurs, l'affaire aurait été réglée en quelques secondes : une culture contaminée ? Direction la poubelle. Mais Fleming observe quelque chose d'étrange. Autour de la moisissure, les bactéries ont disparu. Il existe comme une petite zone claire, un territoire interdit aux microbes. La moisissure produit manifestement une substance capable d'empêcher leur développement. Fleming vient de mettre le doigt sur ce qui deviendra la pénicilline, le premier antibiotique capable de détruire les bactéries responsables d'infections. La suite prendra pourtant du temps. La découverte initiale de Fleming ne suffit pas à fabriquer immédiatement un médicament. Il faudra encore de nombreuses années de recherches pour isoler, purifier et produire la pénicilline à grande échelle. Mais cette observation accidentelle allait contribuer à transformer radicalement la lutte contre les infections bactériennes[1]. 2. Quand les colorants ont donné naissance aux premiers médicaments modernesAu XIXe siècle et au début du XXe siècle, la chimie connaît une véritable révolution. On découvre et fabrique de nouvelles molécules, notamment des colorants synthétiques capables de donner aux tissus des couleurs jusqu'alors inconnues. Mais certains scientifiques commencent à avoir une idée étrange : et si ces molécules colorées pouvaient également agir sur les microbes ou les cellules de l'organisme ? L'idée n'est pas aussi saugrenue qu'elle en a l'air. Certains colorants ont la capacité de se fixer sélectivement sur certains micro-organismes. On peut alors imaginer qu'ils soient aussi capables de leur délivrer un poison. C'est dans ce contexte que se développent les premiers grands médicaments issus de la chimie moderne. L'un des exemples les plus célèbres est le Prontosil. Ce colorant rouge, testé au début des années 1930, se révèle capable de protéger contre certaines infections bactériennes car, dans l'organisme, il est transformé en une substance active, la sulfanilamide. Cette découverte ouvre la voie à toute la famille des sulfamides, parmi les premiers grands médicaments antibactériens utilisés avant l'arrivée massive de la pénicilline. On peut dire que Prontosil a bien été le premier « médicament miracle ». Des patients aux portes de la mort recouvraient la santé en quelques heures, après avoir été traités. Gerhard Domagk, qui a joué un rôle majeur dans ces travaux, recevra le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1939[2]. Cette histoire repose moins sur un hasard que sur un effet inattendu d'un produit qui n'était pas destiné à la médecine, mais elle mérite d'être contée tant elle est surprenante. 3. Du gaz moutarde à la chimiothérapieVoici sans doute l'un des retournements les plus spectaculaires de toute l'histoire médicale. Pendant la Première Guerre mondiale, le gaz moutarde devient l'une des armes chimiques les plus redoutées. Le 2 décembre 1943, la Luftwaffe bombarde le port italien de Bari. Un navire américain chargé secrètement de 2 000 bombes au gaz moutarde explose. Un nuage toxique se répand alors sur le port, intoxiquant civils et marins. Dans les jours suivants, plus de 600 personnes meurent des suites de l’exposition. Le médecin Stewart Francis Alexander est chargé d’examiner les victimes. Il constate chez elles une chute spectaculaire du nombre de globules blancs (des cellules qui se multiplient très rapidement comme les cellules cancéreuses). Les chercheurs comprennent alors qu’une substance détruisant certaines cellules peut avoir un intérêt médical. Dans le contexte de recherches militaires, des scientifiques s'intéressent à des composés apparentés, les moutardes azotées. Une question commence alors à émerger : si ces substances détruisent particulièrement les cellules qui se divisent rapidement, pourraient-elles agir sur certaines cellules cancéreuses ? L'idée est audacieuse et dangereuse. Mais elle ouvre une porte. Un dérivé de la moutarde azotée est administré par voie intraveineuse à un patient atteint d'un lymphome avancé. Les résultats montrent une régression temporaire spectaculaire des masses tumorales. Pour la première fois, on démontre qu'une substance circulant dans le sang peut atteindre des tumeurs réparties dans l'organisme et les faire régresser. Cette expérience est aujourd'hui considérée comme l'un des actes fondateurs de la chimiothérapie moderne[3]. L'histoire est extraordinaire : une arme conçue pour tuer sur les champs de bataille a contribué, indirectement, à inventer une nouvelle manière de combattre le cancer.
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| (la suite ci-dessous)
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Suite de la lettre de ce jour : |
4. Les vaches qui saignaient… et la naissance d'un anticoagulantDans les années 1920, des éleveurs américains sont confrontés à un problème mystérieux. Certaines vaches meurent d'hémorragies. Une simple intervention chirurgicale, une petite blessure ou parfois aucune cause évidente semble suffire à provoquer des saignements catastrophiques. Le coupable finit par être identifié : du trèfle doux avarié utilisé dans l'alimentation du bétail. Lorsque cette plante se détériore dans certaines conditions, elle peut produire des substances qui empêchent le sang de coaguler normalement. Des chercheurs isolent progressivement le composé responsable : le dicoumarol. Et, comme souvent dans l'histoire des découvertes, la question change soudain. Au lieu de considérer uniquement cette substance comme un poison, certains se demandent : pourrait-on utiliser son effet dans l'autre sens ? Si elle empêche le sang de coaguler, ne pourrait-elle pas devenir utile pour prévenir certains caillots dangereux ? Cette piste conduira au développement de la warfarine, qui deviendra pendant des décennies l'un des anticoagulants les plus utilisés dans le monde[4]. Ainsi, une mystérieuse maladie des vaches a contribué à faire émerger une classe entière de médicaments destinés à empêcher la formation de caillots sanguins. 5. Le médicament contre l'angine qui allait changer la vie sexuelle de millions d'hommesL'histoire du sildénafil est devenue presque légendaire. Dans les années 1990, des chercheurs étudient cette molécule dans l'espoir de développer un traitement cardiovasculaire, notamment contre certaines formes d'angine de poitrine. Déception : les résultats ne sont pas aussi convaincants qu'espéré. Mais au cours des essais, les chercheurs remarquent un effet secondaire très particulier. Pourtant, étrangement, les volontaires semblent beaucoup moins pressés que prévu de rendre les comprimés restants. La raison est simple : la molécule provoque chez certains hommes des érections. La molécule prend alors une toute nouvelle direction : le sildénafil devient mondialement connu sous le nom de Viagra [5]. Un potentiel médicament qui n'avait pas trouvé le succès espéré en cardiologie venait de créer un marché thérapeutique entièrement nouveau et florissant. 6. Un médicament contre la tuberculose qui a ouvert la porte aux antidépresseursAu début des années 1950, les médecins testent un médicament appelé iproniazide chez des patients atteints de tuberculose. Les médecins observent quelque chose qui ne concerne pas directement les poumons. Certains malades semblent devenir inhabituellement enthousiastes, plus actifs, parfois même euphoriques. À une époque où la dépression est encore très mal comprise et où les traitements efficaces sont rares, l'observation intrigue. L'iproniazide sera finalement étudié pour ses effets sur l'humeur et participera à l'émergence des premiers médicaments antidépresseurs modernes, notamment les inhibiteurs de la monoamine oxydase[6]. Le hasard offre une occasion. La science et la curiosité permettent de la reconnaître. C'est peut-être là que réside la véritable leçon : un scientifique peut voir un résultat inattendu comme une erreur et l'écarter, tandis qu'un autre peut s'arrêter un instant et poser une question. Pourquoi cette boîte de culture est-elle différente ? Pourquoi ces animaux ne coagulent-ils plus normalement ? Pourquoi ce médicament provoque-t-il cet étrange effet secondaire ? En quoi cela peut-il être utile ? C'est souvent à cet instant que commence une découverte. Si Alexander Fleming avait simplement nettoyé sa boîte de Petri sans y jeter un second regard, qui sait combien de temps l'humanité aurait attendu avant de découvrir la pénicilline ? Le hasard ne fait peut-être pas tout. Mais, en médecine comme ailleurs, il semble avoir parfois un sacré talent pour mettre sur notre chemin les bonnes surprises. Croyez-vous au hasard qui fait bien les choses ? Aimez-vous ces histoires extraordinaires et souhaitez-vous en lire plus souvent ? |
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À bientôt, Laurent des éditions Nouvelle Page |
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