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Le plan REPowerEU ambitionnait de répondre à la crise énergétique née de la guerre en Ukraine en incitant les pays européens, à coups de subventions et de prêts, à investir dans des solutions pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles russes - aux énergies fossiles russes et rien d’autre. La visée géopolitique monomaniaque ne fait aucun doute.
Quatre ans plus tard, on n’y est pas, mais vraiment pas. Pas plus en termes de coup fatal porté à l’économie russe que de souveraineté énergétique européenne. Sur les 300 milliards d’euros d’investissements supplémentaires estimés par la Commission européenne pour toucher au but d’ici 2030, 54 seulement ont été mobilisés. Un cinquième.
Concrètement, le plan devrait permettre d’augmenter de 20 GW à l’horizon 2026 la capacité de production à partir de sources d’énergies renouvelables (ENRi). C’est moins de 20 % de l’estimation visée. Pire, sur l'ensemble des mesures dédiées aux ENRi, seules 12 d'entre elles comportaient des objectifs réellement clairs et chiffrés, pour une capacité totale dérisoire de 1,6 GW.
Dans un rapport dans lequel elle tire ce bilan, la Cour des comptes européenne s’interroge : la Commission européenne s’est-elle trompée dans son analyse ? A-t-elle mal évalué les besoins, mal calibré ses objectifs ? A-t-elle conduit son plan de manière désordonnée, sans vision d’ensemble ? S’en est-elle remise à des choix mal fondés ? A-t-elle surtout oublié — certains le regretteraient amèrement — que les États étaient déjà considérablement endettés avant même d’engager une course aux énergies renouvelables intermittentes ? Une course dont la ligne d’arrivée semble s’éloigner à mesure qu’on avance vers elle.
Il faut rappeler, en outre, que les capacités de stockage et les interconnexions transfrontalières — un autre maillon faible régulièrement dénoncé — empêchent, à ce stade, toute projection ambitieuse et crédible. Sans ces chaînons, le plan reste fragile ; sans une vision renouvelée, la trajectoire elle-même mérite d’être repensée.
Un exemple cristallise à lui seul toute la problématique. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Belgique et l’UE se sont lancés dans un projet unique au monde : celui de construire un îlot artificiel, au large d'Ostende, sorte de hub énergétique qui permettrait d’échanger des flux entre le nord du continent et l’Angleterre, via le Danemark et la Norvège, et dont les premiers bénéficiaires seraient la Belgique et l’Allemagne. C’est le projet Princess Elisabeth (du nom de la fille aînée du roi Philippe et de la reine Mathilde, héritière du trône de Belgique).
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Directrice de la publication : Patricia Cerinsek