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Bruno le Maire, candidat à la présidentielle en 2027, effaré devant les résultats du classement Pisa des élèves français, a une idée pour remonter le niveau et tenter de raccrocher les wagons que chaque gouvernement depuis un quart de siècle, dont ceux auxquels il a participé, s’est ingénié à supprimer - non, on ne parle pas de la SNCF, mais oui cela pourrait s’y appliquer aussi.
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Son idée est d’avancer l’âge de rentrée en maternelle : non plus à 3 ans mais 1 an. Bruno le Maire, ex-ministre de l’économie, père de quatre enfants, qui avait montré toute l’étendue de son talent à Bercy, a gagné au moins une chose : le titre de la proposition la plus absurde qui soit - vu qu’on a encore huit mois à tenir, le titre a toutes les chances de lui échapper.
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L’idée de Bruno le Maire est de proposer un cadre collectif précoce, ce afin de réduire les inégalités de vocabulaire. M. le Maire a-t-il lui même un problème de vocabulaire ? Parce que ce lieu d’accueil collectif précoce, adapté pour les enfants de 12 mois, existe déjà : il s’appelle une crèche.
Accessoirement, rappelons qu'à 1 an, un enfant apprend tout juste à marcher, porte des couches et nécessite un encadrement très lourd, autre que celui qui existe pour des classes de maternelle déjà bien chargées. Rappelons que les enseignants s’arrachent déjà les cheveux quand les enfants n’arrivent pas à lacer leurs chaussures - de la sorte qu’il est de plus en plus exigé que les enfants chaussent des modèles avec scratch. De la sorte que cette idée lumineuse requèrait de multiplier par au moins cinq le personnel enseignant, ou encadrant.
En crèche, la loi impose a minima un adulte pour 5 à 8 enfants quand en maternelle, une seule enseignante et une assistante gèrent souvent 25 à 30 élèves. Pas entendu Bruno le Maire chiffrer le coût d’une telle mesure.
En attendant, il manque toujours autant de places en crèche en France. Peut-être faudrait-il commencer par là ? Et pallier aux 200 000 places qui manquent dans les structures publiques et qui font que les parents ont de plus en plus recours aux crèches privées ou aux assistants maternels. Que cette prise en charge alternative coûte plus cher. Et que les parents y regardent parfois à deux fois entre continuer de travailler en confiant ses enfants à une nounou et s’arrêter de travailler pour élever son enfant.
En fait, ce que propose ni plus ni moins Bruno le Maire est de transférer ce déficit du ministère des solidarités et de la santé vers celui de l’éducation nationale. On voit ce qu’il en est depuis que l’Etat a délégué aux communes le rôle d’organiser l'accueil des moins de 3 ans : faute de budget et de personnels qualifiés, les municipalités sont bien en peine remplir cette mission.
On laissera l’avant-dernier mot de la fin aux spécialistes du développement cérébral. Les recherches en neurosciences, notamment portées en France par la pédiatre Catherine Gueguen et publiées par Santé Publique France, montrent que le néocortex d'un enfant d'un an est trop immature pour gérer la vie en grand groupe sans altérer sa sécurité affective. Bref qu’il est bien trop tôt pour le lancer dans le grand bain. Sans parler de l’impact du stress.
Conclusion sans appel, aucun pays au monde ne scolarise les enfants à l'âge de 1 an. La France est même déjà l’un des pays les plus précoces. Avec la Hongrie, l’Hexagone détient le record mondial de la scolarisation la plus avancée, dès l’âge de 3 ans.
D’où sort cette idée d’avancer l’âge de la scolarisation à 1 an, qui défie toutes les études, observations et simple bons sens ? Des pays scandinaves, considérés comme les premiers de la classe en termes de résultats scolaires, et dont M. le Maire a dit s’inspirer. Mélangeant allègrement système d’accueil collectif (style crèche) et école. Car non, en Europe du Nord, la scolarisation ne commence pas avant 5 ans, la prise en charge dans un système d’accueil collectif si.
Le plus “drôle”, c’est que les études disent exactement l’inverse que ce que propose Bruno le Maire pour grimper au classement Pisa 1¹. Plus la scolarisation est tardive meilleurs sont les résultats, à condition toutefois que la prise en charge précédant l’école - dans un système style crèches - soit de bonne facture.
On ne saurait trop conseiller à l’ancien ministre de l’économie de bosser un peu plus son sujet, de lire les rapports (nombreux) qui ont fleuri sur la question et de se pencher rigoureusement sur les exemples de la Finlande et de l’Estonie. Piliers européens du classement Pisa, l’école n’y est obligatoire qu’à partir de l’âge de 7 ans, après passage obligatoire (c’est une obligation légale) par des structures d'accueil qui sont autre chose que de simples garderies.
Mise à jour de la proposition de Bruno le Maire (quoique) - Après cette sortie absurde sur CNews, l’ancien ministre s’est employé à réajuster sa communication sur les réseaux sociaux : l’école à 1 an ne serait pas obligatoire. Ouf, on a eu peur..
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Directrice de la publication : Patricia Cerinsek