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Que dit l’écrasante victoire de l’AfD - 43,8 % des voix - dans le Land de Saxe-Anhalt ? Beaucoup et pas beaucoup à la fois. Beaucoup, parce que c’est là un révélateur politique. Pas beaucoup parce que les signes annonciateurs couraient depuis un petit moment déjà et que transposer les résultats d’un Land de l’ex-Allemagne de l’est où l’AfD est historiquement très implantée à tous les Länder et jusqu’à l’élection fédérale, voire au cas de la France, est à ce stade pour le moins osé. A moins qu’il s’agisse d’instrumentaliser le résultat d’un vote dans un sens ou l’autre. En agitant un épouvantail quitte à dire n’importe quoi, ou emprunter le résultat pour se pousser du col.
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Que dit cette élection, première d’une longue série en Allemagne ? Rappelons que l’Allemagne est une république fédérale composée de 16 Länder. Que chaque Land possède sa propre Constitution, son propre gouvernement et son propre parlement unicaméral - une seule assemblée. Que les élections régionales permettent d’élire les députés qui vont siéger dans ces parlements régionaux. Et que ce sont ensuite ces députés régionaux qui élisent le chef de l'exécutif de la région.
Après la Saxe-Anhalt, ce sera au tour de Berlin et du Mecklembourg le 20 septembre, autres tests majeurs où l’AfD pourrait là aussi créer la “surprise”. Puis, en 2027, ce sera au tour de la Sarre, du Schleswig-Holstein, de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, de Brême et de la Basse-Saxe, puis les autres Länder les années suivantes jusqu'à ce que les 16 régions aient toutes voté d’ici 2028, avant l’élection fédérale du nouveau chancelier en 2029.
Que dit ce vote de ce 6 septembre ? Il traduit d’abord un rejet de la coalition nationale et confirme le désaveu massif des partis traditionnels : la CDU s’est effondrée à 17,2 %, perdant la moitié de ses voix sans que les tentatives du chancelier Friedrich Merz de marcher sur les plates-bandes de l’AfD - fin de la double nationalité, naturalisation durcie, restrictions du droit au regroupement familial etc - n’y ont pu grand chose.
Le vote traduit aussi la persistance de la fracture Est-Ouest avec une Saxe-Anhalt qui s’affirme comme l’épicentre d’une fronde électorale menée par une AfD locale pourtant classée comme officiellement “extrémiste de droite” par les services de renseignement allemands - comme quoi l’épouvantail, autre pare-feu, n’a pas vraiment fonctionné.
Ce vote montre aussi une participation record (77,8 %), comme quoi l’extrême droite ne progresse plus par l’abstention, mais par autre chose. Une mobilisation massive de citoyens désabusés par la politique fédérale ?
Que dit ce vote pour la France qui voit monter la même colère dans le pays, la même défiance vis à vis du bloc central, les mêmes voix plus radicales - cela fait longtemps que le RN a abandonné ses idées les plus “extrémistes” - avec en ligne de mire, le même horizon d’une élection présidentielle qui ne fait pas seulement frémir le tout Paris politique et médiatique mais aussi Bruxelles ?
Certains y verront la normalisation des populismes avec toute la connotation péjorative qui va avec - oubliant que dans populisme il y a “peuple” - et que oui c’est là la traduction d’une volonté populaire, qu’on y adhère ou pas. Et Comme l’a justement fait remarquer le député de Saxe-Anhalt Sven Schulze, chef du gouvernement sortant :
“Certains¹ disent que ce serait un jour noir pour Saxe-Anhalt. Je dis : C’est la démocratie !”
Le vote confirme aussi le statut de grand favori de Marine Le Pen en vue de la présidentielle en 2027. La victoire de l’AfD s’est jouée sur le rejet de la gestion migratoire, de l’inflation et de la politique énergétique de la coalition au pouvoir, comme d’une ligne très hostile à Moscou. C’est précisément le même moteur qui propulse le RN en France.
Que dit cette victoire pour l’avenir de l’UE ? Après le rejet par référendum de la reprise des négociations d’adhésion de l’Islande, c’est un nouveau revers pour les tenants d’une ligne symbolisée par l’axe Berlin-Paris. Elle vient en tout cas fragiliser le chancelier allemand et de ce fait paralyser la capacité de décision de l’Allemagne à Bruxelles.
Le vote de dimanche ne dit pas que l’AfD va diriger le Land de Saxe-Anhalt même si le parti a les coudées franches. L’AfD a échoué de peu à obtenir la majorité absolue à elle seule (39 sièges sur 83). Comme tous les autres grands partis (CDU, SPD, Verts, Die Linke) refusent de gouverner avec elle, le fameux cordon sanitaire plie mais ne rompt pas.
La formation d’un gouvernement alternatif dépendra du positionnement du BSW (gauche souverainiste) qui avec ses 5 sièges est en position de jouer les arbitres, chacun des deux camps - AfD d’un côté, bloc des partis traditionnels de l’autre - disposant de 39 sièges chacun. Pour l’heure, le BSW semble enclin à jouer la politique de la main tendue à l’AfD².
La victoire ne préfigure pas non plus le paysage politique de toute l’Allemagne. La Saxe-Anhalt ne représente qu’un peu plus de 2 millions d’habitants sur les 84 millions que comptent le pays. C’est un petit Land de l’ex-RDA, où l’AfD est historiquement très implantée. Pas le cas des Länder de l’Ouest (Bade-Wurtemberg, Rhénanie) qui restent traditionnellement beaucoup moins favorables à l’AfD.
Reste que la bascule donne des sueurs froides au plus haut niveau. En Allemagne, les gouvernements des Länder siègent au Bundesrat (la chambre haute) et y votent les lois nationales en bloc, et peuvent donc les bloquer.
Ce vote ne signifie pas non plus que 44 % des électeurs sont devenus des militants extrémistes. Les analyses montrent une forte proportion de votes de colère, liés au sentiment de déclassement économique, aux craintes entourant l’immigration et au rejet des institutions de Berlin, plutôt qu’à une adhésion idéologique aux thèses radicales de la branche locale du parti. Un reportage du journal Le Monde montre bien la palette des motivations de l’adhésion à l’AfD.
La victoire de l’AfD, dans un Land ou plusieurs, ne dit pas non plus que Marine Le Pen va l’emporter en France en 2027. Ce 6 septembre, l’AfD a gagné l’élection avec 43,8 % des voix dans un scrutin proportionnel. En France, l’élection présidentielle se joue au scrutin majoritaire à deux tours. Pour entrer à l’Élysée, Marine Le Pen doit impérativement convaincre plus de 50 % des électeurs au second tour. D’où la stratégie de dédiabolisation du RN amorcée depuis quelques années pour tenter d’accéder au pouvoir et sa prise de distance avec l’AfD - le RN a officiellement rompu ses liens au Parlement européen avec l’AfD, jugée trop infréquentable.
Ce vote signifie-t-il que c’en est fini de l’Union européenne ? Pas encore. Pour les raisons que nous avons énuméré jusque-là et parce que pas plus l’AfD que le RN ne prônent le Dexit ou le Frexit - mais davantage une refonte de l’intérieur.
Que dit ce vote au final ? Que les pouvoirs en place ont une peur panique de ne pas y rester. A ce titre, la Russie jouerait le rôle du parfait épouvantail. Fin août, Politico révélait comment ministres et responsables allemands s’employaient à fomenter toutes sortes de plans pour limiter le pouvoir d’un gouvernement AfD. Au nom de la “défense de la démocratie”.
Manon Aubry en France notamment.
Le BSW a officiellement refusé de rejoindre une coalition menée par la CDU pour bloquer l’extrême droite. Le parti propose à la place l’élection d’un gouvernement technique indépendant, menaçant de s’abstenir et de laisser ainsi l’AfD prendre le pouvoir si cette option est rejetée.
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