J’ai plein de pulls improbables qui suscitent chaque hiver un intérêt inattendu chez mes collègues et amis, des compliments aux sourires amusés. Après un été en pente raide, où l’idée même d’enfiler quelque chose sur les épaules a disparu, je fantasme sur l’automne et la perspective de les ressortir. Mais j’imagine n’être pas la seule à considérer cet objet banal avec circonspection. Qu’est donc ce bon vieux tricot devenu ?
Mou, déformé, qui bouloche… Pire : élastique. Un pull actuel dure un ou deux hivers – sans même tenir chaud ! Je connaissais depuis longtemps le polyester, l’acrylique, le polyamide, le nylon. Mais pourquoi l’élasthane est-il désormais incontournable ? «Offre une grande liberté de mouvement et garde les vêtements bien ajustés au corps», prétend l’IA côté points forts. Moi, ça me donne plutôt le sentiment de me glisser dans un sac poubelle et me fait penser avec anxiété aux océans qui, à chaque lavages en cycle délicat, se remplit de billes de micro-plastiques.
Bourrer nos pulls de matières dérivées du pétrole permet surtout de produire à bas coût. Et de faire payer le consommateur moins cher ? Pas sûr… Loin d’être réservé à l’ultra-fast-fashion, elles ont colonisé toute la moyenne gamme, malgré des prix de vente prohibitifs. Un article de « The Atlantic » donne pour exemple le pull de pêcheur écru et torsadé de Billy Crystal dans le mythique « Quand Harry rencontre Sally » (1989), revisité sous forme de clin d’œil par l’acteur Ben Schwartz en 2023, dans une version bien plus cheap, mais pas moins dispendieuse.
Je découvre aussi que le « tricoté en forme », même à la machine, a été remplacé par du « coupé-cousu » : les pulls sont désormais découpés dans des rouleaux de maille industrielle, puis assemblés vite fait – d’où les coutures qui sautent… Les fabricants ont réussi à nous séduire avec la promesse de pouvoir laver ces pulls en machine sans risque qu’ils rétrécissent et nous nous sommes tous habitués à cette piètre qualité.
Mais je ne veux pas me résigner. Alors je suis devenue une maniaque de l’étiquette de composition. Je ne jure plus que par le 100 % laine, le petit sigle en forme de pelote et le « fait main » que je traque sur les sites de revente vintage. D’où mes pulls improbables, car venus de la nuit des temps, quelque part entre les années 1980 et le tout début des années 2000.