Coup d'envoi
Pour Alain Damasio, le football «c’est la lecture des signes»
Dans Les Furtifs, le dernier roman en date d'Alain Damasio, on croise des personnages qui s'appellent Agüero ou Arshavin. Des noms de grands footballeurs qui trahissent la passion du ballon rond de son auteur. Alors c'est naturellement que Lucas Bretonnier s'est tourné vers le plus grand auteur d'anticipation français de l'époque pour causer du Mondial. L'interview, très riche, attaque par la demi-finale perdue par la France, décale à gauche sur la politique, crochète par les écrans et Jean Baudrillard, passe à Gilles Deleuze, petit pont sur Trump et conclut sur une ode à Messi et à la résonance affective collective que le football déclenche encore.
Quand on lui demande si être romancier d'anticipation c'est comme anticiper les trajectoires pour Olise, Damasio répond que «c’est un peu la même chose, car c’est la lecture des signes. Mon boulot est de les voir dans la société. Quand Olise joue, il les lit avant les autres. Mardi, ce n’est pas juste qu’ils ont mal joué, c’est que les Espagnols anticipaient les positions des corps, les regards… Ils ont coupé beaucoup de passes. Ils ont lu les signes.» De quoi prendre du recul, comme en regardant les photos du Mondial 1986 par John Vink, avant le dernier round : la petite finale France-Angleterre samedi, la grande finale Espagne-Argentine dimanche.